LE MONDE 29.07.09
Portiragnes-Plage (Hérault) de notre envoyé spécial
Dans les allées du camping Les Sablons, à Portiragnes-Plage, près du Cap-d'Agde, les antennes paraboliques fleurissent sur les toits des caravanes et des camping-cars. Chaque été, quelque 3 000 touristes, en majorité venus d'Europe du Nord, passent leurs vacances dans ce luxueux "village club camping" ombragé en bord de mer et réparti sur 800 emplacements. Deux piscines, trois bars, un restaurant et une multitude d'animations permettent de vivre en totale autarcie, loin des bruits de la ville. "C'est un lieu familial où l'on vient de génération en génération", affirme Eric Ambrosini, le directeur du lieu. Au fil des ans, il a vu évoluer les comportements de sa clientèle et a noté les nouvelles demandes de consommation.
Parmi elles, la télévision. Le petit écran s'est imposé dans les objets familiers du campeur et du caravanier au même titre que le four à micro-ondes et la glacière. "La télévision fait aujourd'hui partie de l'équipement électroménager du caravanier", remarque M. Ambrosini. Il a pourtant installé six téléviseurs dans les bars de son camping. Avec un abonnement au bouquet CanalSatellite "spécial bar" et un répartiteur d'antenne qui permet de diffuser des programmes différents sur chaque poste, il propose une vingtaine de chaînes qu'on peut brancher à la demande. "Elles n'ont pas beaucoup de succès. Mais si un client insiste pour voir un documentaire animalier sur Arte en plein après-midi, je peux lui donner satisfaction en l'installant devant le téléviseur de la discothèque. On ne me l'a jamais demandé...", ironise- t-il.
Car, même en vacances, regarder la télévision reste plus une activité familiale qu'un loisir partagé. On préfère rester entre soi pour suivre son émission préférée ou son match. Propriétaires de leur mobil-home, Yvonne et André, un couple de Suisses alémaniques, ont investi dans une antenne parabolique fixe qui leur permet de capter une trentaine de chaînes, dont les programmes allemands. "La télévision n'est pas indispensable, se défend Yvonne. Elle est là surtout pour les enfants, qui la regardent le matin en attendant qu'on se réveille." Elle reconnaît toutefois regarder quelques films sur les chaînes nationales "pour parfaire [son] français".
POUR LE SPORT
"Le Bleu de l'océan", "Koh- Lanta", "Opération séduction aux Caraïbes" ? Au camping des Sablons, on feint de ne pas connaître. "En vacances, la séduction, nous, on préfère la vivre en direct...", rigole un groupe d'adolescents qui avoue pourtant suivre avec assiduité les émissions de télé-réalité le reste de l'année.
En revanche, les retransmissions sportives attirent de nombreux vacanciers. Au mois de juillet, pendant les trois semaines du Tour de France, il y a eu foule chaque après-midi pour suivre la bataille entre Lance Armstrong et Jan Ullrich. "Le 21 juillet, c'était l'émeute pour l'étape de Luz-Ardiden", raconte le barman. "Ça parlait dans toutes les langues, mais dès qu'Armstrong a franchi la ligne, tout le monde est retourné à la piscine." Eurosport confirme cet engouement européen. La diffusion du Tour sur la chaîne sportive a rassemblé 40 % d'audience supplémentaire, soit 2 millions de téléspectateurs pour chaque étape.
Seuls quelques campeurs et caravaniers avouent pourtant emporter un téléviseur dans leurs bagages pour regarder les retransmissions sportives. "J'adore le sport, et il me serait inimaginable de ne pas voir les étapes du Tour, la natation et les différents championnats de football", explique Hans, électricien à Francfort qui, avec la parabole installée sur son camping-car, peut capter 16 chaînes.
A quelques emplacements de là, Céline et Eric, originaires de Clermont-Ferrand, louent un mobil-home à l'année avec une télévision à demeure, qui reste souvent branchée. "Ça nous fait un bruit de fond", dit Céline. Eric, grand supporter des rugbymen de l'Association sportive montferrandaise (ASM), n'hésite pas à sacrifier ses après-midi de plage pour suivre les retransmissions sportives sur Eurosport. "Je regarde tous les sports mais je préfère être seul, parce que je n'aime pas entendre les commentaires des autres", lâche-t-il. Pour Lino et Josyane, un couple d'Alsaciens installés pour trois semaines avec leur caravane, c'est l'information qui est indispensable. Ils n'envisagent pas leurs vacances sans télévision. Chaque jour, à 13 heures tapantes, ils s'attablent pour déjeuner côte à côte sous leur auvent. Au menu : un repas froid... et le journal de TF1 diffusé par le petit portable posé sur la table pliante. L'appareil, avec son antenne bricolée, n'est pas du dernier cri, mais qu'importe : "On arrive à capter trois chaînes et cela nous suffit." Pendant l'année, Lino, chauffeur-livreur, rentre tous les midis chez lui pour regarder le "13 heures" de la Une. "Même en vacances, j'ai besoin de savoir ce qui se passe dans le monde et surtout quel temps il fera le lendemain", confie-t-il. Le soir, Josyane et lui seront aussi fidèles au rendez-vous du "20 heures".
"Si la télévision est entrée dans les caravanes, elle n'a pas pour autant bouleversé les vieilles habitudes", constate M. Ambrosini. Le soir, dans le "village", les lucioles qui illuminent les allées sont davantage des lampes à gaz que des tubes cathodiques.
Daniel Psenny