J'ai découvert en feuilletant une édition hollandaise de 1709 (posthume) des contes licencieux qui ne figuraient pas dans l'éditon princeps ni dans aucunes des éditions du vivant de Lafontaine. C'est qu'on avait éliminés des receuils courant la vingtaine de contes grivois jugés peu propices à l'édification de la jeunesse. On voit dans ces contes nonnes, curés, hommes mariés et jouvencelles gaiement caracoler dans les jeux d'amour, l'histoire se terminant comme d'habitude par une morale, gaillarde celle-là. Les contes choisis ne sont donc des contes censurés, et c'est bien dommage au vu de leur qualité.
L'édition d'Amsterdam de 1709
Où j'ai trouvé les contes et les vignettes qui illustrent ce site
Photo du frontispice de l'édition d'Amsterdam de 1709 - cliquez pour une image plus grande
Aux esprits chagrins qui me reprocheraient d'avoir scanné un livre aussi rare au lieu de le ménager en le laissant dans son rayonnage, je réponds d'avance que je préfère que cent personnes puissent voir la richesse des ces contes et des vignettes qui les décorent plutôt que de vouloir à tout prix préserver la reliure d'un livre que je serais probablement le seul à ouvir pour les cinquante prochaines années. La digitalisation permet de reproduire des documents de manière très précise une fois pour toute et de les offrir au public à un coût marginal ridicule, profitons en.
Epitaphe de Mr de la Fontaine
Faites par luy-même
Jean de Lafontaine 1621-1695
Jean s'en alla comme il était venu,
Mangeant son fonds après son revenu,
Croyant le bien chose peu nécessaire.
Quant à son temps bien sut le dispenser,
Deux part [il] en fit, dont il soulait passer,
L'une à dormir, & l'autre à ne rien faire.
Premier conte sur dix huit à paraitre
L'Anneau
Le vieil Hans a pris une femme jeune, et il est inquiet.
Hans Carvel prit sur ses vieux ans
Femme jeune en toute manière;
Il prit aussi soucis cuisants;
Car l'un sans l'autre ne va guère.
Babeau (c'est la jeune femelle, Fille du bailli Concordat)
Fut du bon poil, ardente, et belle
Et propre à l'amoureux combat.
Carvel craignant de sa nature
Le cocuage et les railleurs,
Alléguait à la créature
Et la Légende, et l'Ecriture,
Et tous les livres les meilleurs:
Blâmait les visites secrètes;
Frondait l'attirail des coquettes,
Et contre un monde de recettes,
Et de moyens de plaire aux yeux,
Invectivait tout de son mieux.
A tous ces discours la galande
Ne s'arrêtait aucunement;
Et de sermons n'était friande
A moins qu'ils fussent d'un amant.
Cela faisait que le bon sire
Ne savait tantôt plus qu'y dire,
Eut voulu souvent être mort.
Il eut pourtant dans son martyre
Quelques moments de réconfort:
L'histoire en est très véritable.
Une nuit, qu'ayant tenu table,
Et bu force bon vin nouveau,
Carvel ronflait près de Babeau,
Il lui fut avis que le diable
Lui mettait au doigt un anneau,
Qu'il lui disait..: Je sais la peine
Qui te tourmente, et qui te gène ;
Carvel, j'ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague, et ne la lâches.
Car tandis qu'au doigt tu l'auras,
Ce que tu crains point ne seras,
Point ne seras sans que le saches.
Trop ne puis vous remercier,
Dit Carvel, la faveur est grande.
Monsieur Satan, Dieu vous le rende,
Grand merci Monsieur l'aumônier
Là-dessus achevant son somme,
Et les yeux encore aggraves,
Il se trouva que le bon homme
Avait le doigt ou vous savez.
Contes et nouvelles en vers par Monsieur de La Fontaine
A Amsterdam chez Pierre Brunel, sur le Dam à la bible d'or, 1709



